Dans les Maures

Ce recueil est un livre de marche, un livre en mouvement, une traversée du Massif des Maures au cours de laquelle s'élèvent des chants de louange aux arbres, à la terre, au silence et au feu de ce pays.
Destinés à figurer dans un carnet de voyage où ils il est prévu qu'ils s'enchevêtrent librement aux dessins et aux récits de mon ami peintre Simon, ils sont ici rassemblés en recueil , en gerbe lyrique et indisciplinée....

Poèmes

 

Ici tout départ est de feu

Marchant l’aube s’enracine
Et chaque membre qui s’échauffe
Est à l’orée d’être une flamme

La fraîcheur comme un rêve pâlit
La fièvre couve les bosquets
Le soleil est la souche du chemin

Forêt foulée
Poussière aux pieds
Nous partons

Silence à traverser
Silence vert des chênes et des bruyères
Silence au devant qui montre le chemin

Tout voyage est forêt

Aller à la pierre
Aller à l’azur
L’essentiel est de lumière
Et la lumière est sûre

 

 

 

 


Sous nos pieds
L’horizon est un quartz tranquille
Et la terre s’allume au silex des vents

Sur nos lèvres
Le sel du silence

Passant vers l’infini des monts
Marchant dans les marges du temps

Dans nos yeux
L’ivresse immobile des Maures

Les chemins nous montent à la tête

A pas de pierres A pas de feu
Ne rien penser que la lumière
Ne rien dire que le vent
Ne rien faire qu’être vivant
 

 

 

 


Ici la brûlure est d’azur
La violence est un long chatoiement
Mains dans le vent
Pieds sur la terre
Je m’offre aux coups de la lumière

 

 

 


Le silence autour de nous
Resserré comme un fruit sec

La parole est un noyau vivace

Forêt sans eau
A ta soif
Je donne mon encre

Sécheresse
Mon regard
S’irrigue
A la courbe des collines

Fin de l’été
Bruit de pinceau
Dans l’encrier

 

 

Arbres de sel et de cendres
Poumons drus passeurs d’ombres
Parmi vous j’aventure mon sang
Je respire et me consume sous le vent
Mot après mot
Pas après pas
La mort est un arbre promis
Main sur ton écorce
Liège paume noire des forêts
Je prends le pouls de la brûlure
L’azur est une saine écorchure
Torse nu soleil à vif
Je marche en toi Pays des Maures
A chaque pas sa pierre
A chaque pierre un pas
Je marche
Et partout pierres de soif
Frottées d’orages rares
Et de lente lumière
Je marche
Dans la mémoire du feu
Sur l’os invisible du silence
Je marche
Et sans un mot
Je parle
Aux bûchers de l’été
Mon âme au tranchant de l’azur
Brûle ici comme il faut
La lumière a tout pris
L’ombre est sans langage
Ne peut rien habiter
Ne peut rien féconder
Tout au plus tarie
Sous les sources des troncs
Oui l’ombre est sèche aussi
Collines et plaines
Sous les pigments de la soif
Il n’y a plus qu’évidence de feu
C’est là que j’aime brûler
Hypnose des chemins de mica schiste
Le ciel crépite sous mes pieds
Résine qui se consume
Je vais d’arbre en arbre
Dans les seuls pas du vent
La lumière est l’alcool de mes yeux
Et le soleil est le père de mes mains
 

 

 

                           Triptyque barbare

                                      I

                    Ici la terre est formule du feu
                    Bombant le torse les mains nues
                    Soleil tambour de ma poitrine
                    Et les arbres totems graves
                    Muscles tranquilles de mon art
                    Tatoué d’ombres et d’azur
                    Sous mes pas j’entends battre la tourbe
                    Sur ma peau forêt féroce 
                    A chaque branche mon âme
                    Comme un fauve au repos
 

 

                                     II


                   Forêt des Maures mère noire
                  Je viens à toi dans l’ivre et neuve nudité de mon amour
                   Fleuri de sueur à ton flanc de mousse et d’humus
                  J’adonne mon corps à tes monts d’ébène vert
                  Sève sur mes lèvres salive des cistes et des lavandes
                  J’apprends les mots de sperme pur
                  Sous l’œuvre mâle des grands châtaigniers
                  Forêt des Maures amante noire
                  Je me laisse initier au maquis de ton ventre
                  Sur ma bouche le baume génital des chênes liège
                  Mon poème écume des collines d’arbres nègres
                  Uni à l’égale et végétale ferveur
                  Je déclare tes courbes de Vénus barbare
                  Et je bois dans la caverne des sous-bois
                  Le lait vierge de ton silence tiède

 

                                 III

                  Pour se connaître se perdre
                  Se donner à l’âpre luxuriance
                  A l’œuvre au noir des forêts
                  Aux chemins fauves libres déjà poussière
                  Joie vigile de la mort à venir
                  Je vis en danse d’abondance
                  Doigts fertiles dans l’outrance du soleil
                  Le désir est la coiffe qui m’honore
                  Mon esprit dans le rite du vent
                  La terre et le ciel pour ancêtres
                  Parmi les arbres je deviens homme


 

 

Vivre comme poudroiement
Pépite au pied pyrite au cœur
Respirer l’air souple des chemins
Contre soi le poumon de la mer
Battant le rappel du bleu
Et voir vaste recevoir
Aller à l’envol des choses
Dans le don de la lumière
Nous autres hommes
Nés de l’arbre de la pierre et du chant
Complices du fécond
Vivons lestes et légers
Chemins au corps
Et soleil à la main
 

 

 

 

Ne pense plus
Ouvre les mains
Dans le courant de la lumière
Ton ombre est sentier de forêt
Ne parle plus
Va féconde ce que tu vois

 

 

 


Silence jour fidèle
Faune de mes mains
Je fais vœu de soleil et de sobriété
Par les arbres en forme de foudre
Je jure l’intense et l’aride beauté
Les filles fleurs brûlées à mon regard d’été
L’étoile fraîche à mes doigts consumés
J’épelle ta vigueur Forêt qui te refuses
Et te refermes sur mes mots

 

 

 


Couronné d’air j’avance
Mains vides et mots à nu
Je n’ai pas de préférence
Ni de promesses tenues
L’arbre et la roche
Sont mes seules élégances
Je ne réclame aucun dû

 

 


Feuillage de mon regard
A l’entour des grands troncs
Vers les arbres je pousse mes mains
Bouche à l’embrasure du vent
Mon nom n’est plus au temps
Les mousses à mes paumes répondent
Et la rosée l’air léger sur la rose de ma soif
Le matin me trouve à jeun
Soleil libre d’y faire croître ton arbre

 

 

 


                         Châtaigniers

            Troncs branches racines
            Siècles tressés d’écorces noires
            Autour de l’air nœuds des sèves têtues
                              L’arbre
                              Pour s’élever
                              Tisse le temps
                              Et remonte
                              La lumière
           Et mes mains blanches et fragiles
           Mes mains voudraient apprendre elles aussi
           A étreindre
           Et même éphémères
           Même nues
           Ceindre L’azur
           Sûr et sans âge

 

 

 

Chênes liège
Mèches de l’imparable azur
Porter la vie contre le temps
Traverser l’incendie du ciel pur
Chercher passage entre les vents
Toujours plus noirs toujours plus durs
Grandir à contre courant
Foudres lentes sèves sûres
Chênes liège bouquets violents

 


Chêne liège
Nœud des solitudes
Sous ton feuillage rare
Partageons dans la poussière
Et la chaleur sans trêve
L’ombre amère
Et le silence rêche

 

 

Chênes liège
Buveurs de feu
Tanneurs de temps
De loin en loin
Chandelles noires
D’un culte vieux

 

 

                  Mistral

La profondeur a ses marées
Le vent est l’une d’elles
Ressac des souffles
Ame à sac sous le soc du ciel
Alcool de l’espace à la renverse
Crins du vertige sur l’équilibre des choses
Dans les moulins de la lumière
Plus rien ne tient à rien
Et l’homme qui dehors s’aventure
Est un grain sous la meule d’air pur
Dans l’ivre plexus des vents
Sous l’œil essentiel de l’azur
Mis au tamis de l’immense
Il voit le fond de soi
Et trouve transparence

 

 

 


         Mica schiste


Lumière enfant sauvage
Ton rire étincelle au chemin
Sous mes semelles et sur mes mains
L’éclat léger des millénaires
Jour semant cailloux
Tu nous ramènes au seuil du soleil
Cabane volatile
Où s’équilibrent nos courses
Et puis la nuit
Gravée d’ivoire
Belle comme une stèle
Intime du silence
Pépites d’espace aux riants cimetières
Tamis de lune aux rives du sentier
Pour celui seul qui demeure éveillé
Sous les ombres et les vents clairs
Mica schiste attisé d’astres et de grand air
Mon pas rallume ta mémoire
 

 

 

                 Quartz

A la cime de la marche
Le silence est à nu
Ile blanche où le soleil ralentit
L’étoile a sa mémoire
A ce cristal du temps
Et le vent fige à la pierre docile
Poser le pied passer la main
L’os à la roche s’accorde
Tu t’adosses vertèbres de quartz
A l’échine des chemins
Tu t’abandonnes à ce dos de lumière endormie

 

 

Soir à la Verne

Lumière mise à bas
Dans les rets des feuillages et des ronces
Au ras des ruines l’œuvre au noir des racines
La mort du jour parfume les ravines
Tout fume et s’enténèbre
Troncs de cendres et de brumes
Et le ciel encens noir qui se consume
Dans les rhizomes du silence

 

 


Arbre silence vu
Je cède encore
A la faiblesse d’appeler
Ma parole est jeune
Et mon âme est d’aubier
Mon corps cherche place
En ton éternité

 


L’arbre ne veille ni ne dort
Et j’écoute à son pied
Dialoguer l’aube et la mort
Mon visage entre deux
Je ne veux pas de signes
Je n’attends pas de mots
Mon âme et mon corps
Ensemble verticaux
Se tiennent d’un seul bois
Sans doute et sans foi
Immobiles et réels

 

 

Venant saluer ce soir
L’étoile brisée
Des grands châtaigniers
Ossature des forêts
Où j’ose ma chair
Et risque mon silence

 

 


Ici bas la forêt
Croissance vers l’ailleurs
Stèle de chaque arbre
Enigme du silence
De colline en colline
De vallée en vallée
La bure des forêts
Se plie et se déplie
On passe et les pas
Récitent un verset de poussière
Et la fleur du souffle
Dans le froid des sous-bois
Rose invisible du dedans

 

 


                 Chaque arbre est un seuil
                 Une nuit plus profonde 
                 Où l’homme s’amenuise

                 Seul parmi vous je frémis
                 De n’être pas un arbre
                 Et d’avoir fait vœu cependant
                 De faire fruit de cette vie

 

 

 

Cailloux voilà mon souhait
Mots de feu pétrifié
Ame de quartz et de mica
Le réel est sous mes pas

 

 

 

                                Rocher de Roquebrune

1
Pierre émue
Dans la verticale du temps
Pierre de chair en majesté
Contre toi la forêt mûrit son identique marée
L’arbre écume à ton flanc
Je monte vers toi mon sang
Un peu plus homme de t’avoir contemplé


2        Versant sud

Roche de grave innocence
Couchée de roses dures
Parmi la jeunesse des myrtes
Soies de grès nouées de soleils d’ocres
Et paumes ouvertes vers l’azur
Tu es montagne femme
Nubile troglodyte
Où l’homme prend assise
Et se laisse épouser

3         Face nord I

Roche  au vent livrée
La hache du ciel
Taille en toi ses nefs d’air pur
Le soleil sans fin te préfère écorchée
Ventre ouvert à la semence des oiseaux

Puisse l’homme passer
Ton seuil de blessure
Où l’amour ne cicatrise plus

 


4           Face nord II

Pierre à lire
Comme oracle d’entrailles
Au sacrifice du regard
Pierre écrite
Offerte en charnelle clairvoyance
Je devine en toi la parole promise
A l’autre versant de mon être


5            Face nord III


Face à toi je m’incline
Hôte de ta démesure
Apprenti de l’imparable
Disciple de ta roche

6

Tu es pierre intérieure
Au nombril du temps
Levée dans l’axe du silence
Tu es pierre de mon centre
Tangible vision des  vides plénitudes
Mon âme en creux garde ton empreinte
Et mes tentatives de lumière
S’éprouvent  et s’équilibrent
A ton moyeu d’immobile présence

 

 

 

 

                                                  Plaine des Maures

Grès rose pierre intime des Maures
Bien avant nous  ici-bas les dieux se sont aimés
La roche à nos pas se souvient allongeant ses muqueuses aux parois du soleil

Nos corps vont veinés d’ocre comme peints au revers des cavernes ranimant de leur sang l’antique mythologie de caresses à l’autel de la pierre

Ici l’amour est lumière fossile
Fondation de l’azur sans mémoire
A l’appui de toute verticale
Ce gisement d’étreintes
Cristaux de poitrines épaules et hanches minérales pubis de mousses  duvets de lichens lèvres cuites aux baisers de l’espace

Plaine des Maures  champs d’amours  nous traversons ton cimetière sensuel et regardons l’éternité se rendre au désir des pins parasols

Nous autres hommes notre histoire se consume au sel répété du Mistral
Nos pas délitent les os de la terre et nous sommes témoins que le butin des millénaires est l’aliment des fleurs et des faims végétales

Mais vivants, nous partageons avec toi ce peu de chair qui va 
Nous avançons à la suite des sources pour lever en ton nom nos âmes érectiles 
Là sous la haute crue de ciel bleu  nous nous tenons debout, forçant la marche à l’orient de nos forces et t’offrant la semence de nos arts

 

 

 

 

                                       Insectes et papillons

 


1  Le jason

 

Vivre à l’assaut de la lumière
Ivre étincelle du combat

Détaler dans l’air ailé
Sous l’œil fauve des fleurs
Volée de terre au ciel
Couleurs accélérées dans l’azur acéré

Et puis comète posée
Pupille de tigre aux aguets
Il s’ouvre et le temps comme lui
Traque les gestes du vent

Au joug de la joie
Passant vois pour un instant dégainée
La lame nue de la beauté

 

 

 

2. Le flambé


L’aile à fleur de feu
Au fil de l’azur
Sur le rail du vent
S’allumant fleur à fleur

Au voyageur fervent
Mot de flamme soufflé

 

 


3. Le vulcain


Rayon de lave enfui
Au tranchant du chemin
Sur la poussière atone
L’aile coupe la parole
Rouge noire posée partie
Forge filante du regard

 

 


4.Le carabe doré


L’or au détour d’un tronc
Perce l’ombre et l’ennui
La surprise flamme fraîche
Féconde la forêt

La vie saille en solide étincelle
S’illumine à la pointe du regard
Mot du poème apparu
Vu sitôt que dit
Enfui sitôt  vu

 

5. La mante religieuse


Verte incision
Dans l’air brûlant

A l’aigu de l’été la lumière est carnivore

Mante affûtée
Dans l’herbe sèche
Frisson des dentelles fatales

 

 

6. La cétoine

 

Fichée dans l’audace des fleurs
Comme semence du soleil
Chrome du printemps
Forgé frais au baiser des pollens

Au jour nouveau le désir est innocent

Sous les doigts de l’enfant
Flocon vert des forêts
Bourgeon libre d’aller de lumière en lumière
Joaillier de l’enthousiasme
L’insecte étrange est beau
Fascinant comme un mot
Que l’on joue à redire

Cétoine écusson de ma joie
Tu ouvres mon regard
Et je te dis
Comme un enfant
Tire une bille d’agate

 

 

 

             Cimetière marin

Par l’azur je sortirai
Comme on se baigne
Comme on se couche
Parmi les voiles
Et les oiseaux de mer
Je serai d’ombre blanche
En nudité d’aile et d’écume

Vivre n’était-il que de surface
Au miroir d’un visage et d’un nom
Traversant le bouquet des images
J’irai fleuri d’infini rendre ma vie
A la béance du ciel

Alors toute lumière sera de naissance marine
Toute soif aura sa réponse de bleu

Et je saurai
Que la mort est simple comme un dessin d’enfant

 

 

 

 

 

 
 
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