les différents corps

Structure et caractéristiques des trois corps

Dans la tradition hindoue, le soi (désigné par le mot Atman ou shiva) est revêtu de 3 corps :

Karana sharira : Corps causal
Sûkshma sharira : Corps subtil
Sthûla sharira : Corps physique

I)Karana sharira, le corps causal.
 C’est la prakrti (Cause substantielle de toute la manifestation) dans son état non manifesté. Nous l’expérimentons dans le sommeil profond (sushupti).
Dans le corps causal, les guna (les trois qualités de l'énergie)  sont en équilibre. C’est le non manifesté ou Avyakta(Natura naturans d’où va procéder toute la nature manifestée (Natura naturata).
La nature indifférenciée (Prajna) du corps causal  représente pour l’individu une masse homogène de connaissance non exploitée. L’état de prajna vient du fait que dans le sommeil profond, le mental,  encore actif dans le rêve, se dégage et se tait, laissant la conscience parfaitement neutre.
Le corps causal peut être expérimenté dans le 4ème état, grâce au contrôle du sommeil profond.
Ce corps persiste jusqu’à la délivrance finale. C’est de lui que proviennent les deux autres corps.

II)Sukshna sharira ( ou Linga sharira), le corps subtil.
C’est l’équivalent de ce qu’on appelle l’âme.
Il est constitué de 17 éléments qui sont les 1er développements (vikrti) du corps causal. Ces développements sont la prakrti manifestée (natura naturata). On les désigne par le terme Tattva, issus de l’interaction des guna, de leur déséquilibre, qu’on assimile aussi à la vibration initiale (spanda) que l’on nomme le Son Cosmique (Shabdabrahman). A l’origine, ce déséquilibre créateur de la réalité manifestée est produit par la mâturation du Karma.

Voici les 17 tattva (éléments) qui composent le corps subtil :

1) Buddhi ou Mahat Tattva (L’intelligence cosmique).
C’est par elle que l’accès à l’intuition supérieure de l’être (purusha) est possible. Buddhi est conscience impersonnelle, non égoiste. Elle domine toutes les catégories suivantes (ou tattva suivants) et les féconde. Alors que l’Ahamkara, le Manas et les Indriya n’ont pas d’existence indépendante, Buddhi demeure comme conscience cosmique capable d’être illuminée par Purusha, d’où son essence sattvique de luminosité et de pureté. Son organe d’élection est le cœur et non le cerveau qui est le siège du mental.
On dit que Buddhi est le conducteur du char, Manas les rênes et que les indriya sont les chevaux.
C’est donc par son intermédiaire qu’on parvient à contrôler le mental : elle possède en effet la fonction d’arrêt de la fluidité mentale qui s’obtient par la concentration sur une des perceptions mémorisée.

2)Ahamkara (l’ego)
C’est le principe d’individuation , principe de l’ego. C’est à partir de lui que la manifestation bifurque pour se polariser en phénomènes psychomentaux intérieurs et en phénomènes matériels extérieurs.
Selon la répartition des 3 guna l’ego se présente sous 3 formes :

a)Ego Vaikrita : influencé par Sattva guna, il est le producteur du mental, des 5 sens de perception (Jnanendriya) et de 5 sens d’action (Karnendriya)

b)Ego Taijasa : influencé par Raja-guna il est le co-producteur des 5 sens d’action (Karmendriya) et des Tanmatra (éléments subtils)
c)Ego Bhutadi : d’essence obscure, influencé par le tamas guna, il est le producteur principal des Tanmatra, les noyaux génétiques du monde physique qui, par condensation produisent les atomes, les molécules, donnant naissance aux organismes physiques ou Bhuta, objets des sens.

3)Manas (le mental)
Il est l’instrument interne par lequel l’individu (Jîva ou conscience incarnée) connaît, sent et veut. Il permet donc de concrétiser et d’expérimenter le fait d’être un individu séparé, un moi limité.
C’est lui qui contrôle les organes des sens qui sans lui n’ont aucune fonction. Il coordonne les activités physiques, psychiques et subconscientes.
Son office est double : Celui de discrimination et du choix (Samkalpa)
                                         Celui du refus des notions fausses (vikalpa)
Non conscient par lui-même, il ne fait que représenter la conscience pure. Cependant il est d’essence lumineuse (Sattva) puisqu’il rend perceptible l’expérience conditionnée.
Manas est désigné globalement par Citta, la faculté du mouvement de la mémoire, ou la substance mentale dont la fluidité (vrtti) obéit à l’ego.
C’est lui qui dans le corps subtil porte les Samskara qui sont les fruits des actions passées et qui détermine donc le Karma.
Dans la mesure où c’est lui qui, de par sa fonction, entretient l’illusion de la dualité, c’est sur lui que portera principalement l’effort du yoga.

4) Les 5 Jnanendriya ( Les 5 facultés sensorielles de perception)
L’ouïe, le toucher, la vue, l’odorat, le goût.
Ce ne sont pas les organes physiques mais les facultés internes de cognition dont les organes (œil, oreilles….) ne sont que les actualisations.
Les informations recueillies par les organes et le système nerveux sont transmises au Manas coordinateur par l’intermédiaire des centres (Cakra) du corps subtil où convergent les lignes de circulation des énergies vitales (Nâdi). Ces Cakra sont les nœuds ou points de contact entre le corps subtil et le corps physique.

5)Les 5 Karmendriya  ( les 5 facultés d’action)
Parole, préhension, marche, excrétion, procréation.
Ce ne sont pas les organes physiques mais les facultés internes d’action manifestés par les organes physiques.

6) Les 5 Tanmatra (Principes subtils agissant dans les éléments)
-Principe du son (Shabdatanmâtra)
-Principe du tangible et du thermique (Sparshatanmâtra)
-Principe de couleur et de forme (Rupatanmâtra)
-Principe de saveur (Rasatanmâtra)
-Principe de l’odeur (Gandhatanmatra)
 Les Tanmâtra renferment tout le potentiel de l’univers extérieur sous forme de noyaux énergétiques.

Ils sont remplacés dans certaines écoles par les 5 souffles vitaux ou énergies vitales majeures :
Prâna, Apâna, Samâna, Udâna et Vyana.

1)Prâna : Energie du souffle, ascendante. Elle relie le corps subtil au corps physique et est une fonction du mental et des sens.
2)Apâna : L’énergie vitale descendante, associée à l’excrétion, à l’éjaculation, à l’accouchement, parfois à l’air expiré par le nez ou l’anus.
3)Samâna : Energie vitale de digestion, d’assimilation.
4)Udâna : Energie vitale de toux, d’expiration, associée à la déglutition. Au moment de la mort, elle sépare le corps physique du corps subtil.
5) Vyâna : Energie vitale diffuse, dirigeant la circulation sanguine et le métabolisme. Elle maintient la cohésion du corps.

Ces énergies ou Vâyu (Souffles) suivent les lignes de circulation subtiles, les Nâdi qui composent la structure du corps subtil. Il y a 72000 Nâdi, dont 72 sont importantes, 14 essentielles et dont seulement 3 capitales :
Susumnâ, Idâ, Pingalâ.
Le corps subtil est la partie de l’être humain qui transmigre de corps en corps pour la raison qu’il est inapte à l’expérience lorsqu’il est désincarné.

III Sthûla Sharira : Le corps physique.
Il est composé par les Mahabhûta (les 5éléments du monde physique) :
Akâsha : L’éther, espace vibrant.
Vâyu : l’air
Tejas : le feu
Ap : l’eau
Prithivî : la terre
C’est Prâna, l’énergie vitale qui en maintient la cohésion jusqu’à la mort.
Nous l’expérimentons dans l’état de veille. (Jâgrat)
Le corps grossier se’ maintient au moyen de la nourriture qu’il convertit en chyle (Rasa), en sang, en chair, en graisse, en os, en moelle et en semence.


Les 3 corps sont subdivisés en 5 enveloppes ou Koshas, les revêtements du Soi.

1)Annamaya Kosha ( corps de nourriture)
Correspond au corps physique (Sthulâ sharîra) Il est voué à une totale disparition. Fragment de matière animée, il retourne à la condition générale des constituants fondamentaux de l’univers, impersonnels et fluctuants.
Ce kosha contient le kosha d’énergie ou Pranamaya kosha avec lequel il a une frontière commune.

2)Pranamaya Kosha (Corps d’énergie)
Il s’agie du 1er composant du corps subtil (Sukshma Sharirâ), constitué des 5principales énergies vitales.
On contacte ce revêtement par l’intermédiaire du souffle, notamment par le biais du pranayama, mais également par le relâchement des muscles. C’est la détente, le l^cher-prise et la respiration subtile qui permettent de faire le lien entre le corps physique et le corps d’énergie.
Ce revêtement d’énergie est également très sensible à toutes les impressions et sensations issues des perceptions extérieures. Par exemple, un beau spectacle, un concert de musique redonnent de l’énergie et de l’inspiration.
Le travail sur les centres d’énergie (Cakra) concerne cette enveloppe composée de prana.
C’est aussi par l’immobilité , l’écoute et le silence qu’on accède à lui et qu’on le développe.

3)Manomaya Kosha (Corps mental)
C’est le second constituant du corps subtil qui possède une frontière commune avec Pranamaya Kosha qui le nourrit et dont il dépend largement. (d’où l’influence de la respiration sur le mental et les émotions).
Ce revêtement composé de mental inclut les émotions, les états d’âme, les humeurs…
Manomaya kosha correspond à l’organe interne incluant Mans et Ahamkara. Il correspond donc à Citta.
C’est le revêtement qu’on désigne par Ego. Car toute l’existence, à travers  le mental est perçue de manière égoïste, partielle, égocentrique.
Le Yoga vise avant tout à discipliner, à contrôler ce kosha par tout un travail qu’on désigne par le terme Manolaya, dissolution du mental.
Le mental ne fonctionne jamais librement, il réagit selon la dualité des craintes et des espoirs que lui inspirent les conditions extérieures et la considération du passé et du futurdont il est prisonnier. Il est donc sans cesse modifié par les événements de la vie et nous entraîne dans le flux incessant des états d’âme, les « Vritti » ou activités psychiques et émotionnelles qui voilent notre vraie nature et nous empêchent de vivre le présent.

Ces 3 premiers Kosha sont tous liés au corps physique.

4)Vijnanamaya Kosha (Corps de Connaissance)
3ème constituant du corps subtil qui permet de faire le lien entre ce dernier et le corps causal.
Il correspond à Buddhi, l’intelligence du cœur, intelligence objective qui voit le monde tel qu’il est et non plus à travers le filtre déformant des opinions et désirs égoïstes de Manas. Ce kosha est libre des perturbations sur le plan de Pranamaya Kosha et Manomaya Kosha, libre des émotions et des souffrances physiques et psychiques. C’est le Kosha de la compassion, de l’amour universel. Buddhi est la 1ère production de Prakriti, la plus subtile. De par sa qualité sattvique, elle a le pouvoir de se refléter dans l’esprit. On dit qu’il y a correspondance sympathétique (Yogyata) entre le Soi (Purusha ou Shiva) et l’intelligence (Buddhi).
Son rôle est double car elle est à la jonction entre l’esprit libre et non manifesté (Purusha) et la nature manifestée Prakriti).
- Lorsqu’elle fonctionne pour procurer à Purusha la jouissance et l’expérience de l’univers matériel et mental, elle est tournée vers la nature.
-Lorsqu’elle est mûrie par la réflexion et qu’elle recouvre sa nature originelle par le développement de Sattva, elle se tourne vers l’Esprit et par son pouvoir de compréhension, d’intelligence et d’éveil, le reconnaît pour ce qu’il est réellement. C’est cette reconnaissance qui met fin à la souffrance et à l’ignorance.
Au stade de Vijnanamaya Kosha, on prend conscience de « Je suis » avec un intense sentiment de soi-même, totalement non égoïste.

5) Anandamaya Kosha. (Corps de béatitude)
Il correspond à Kârana Sharîra, le corps causal. A ce stade, il n’y a plus d’idées, plus de pensée. Il y a contemplation, bain de joie sans mélange. Ananda n’est plus une émotion, c’est un sentiment très pur de joie, une paix, une plénitude sereine qui est l’expression de l’être, liée à la conscience de « Je suis ». C’est une joie qui ne dépend plus de rien, libre de l’avoir et de toute condition.

«  La méditation, c’est ce cheminement de la conscience de soi, de l’extérieur vers l’intérieur, jusqu’à Anandamaya Kosha. Si je peux me situer librement à ce plan, j’atteins le niveau de ce que les hindous appellent « dhyana », la méditation. Et puis, encore au-delà, toute trace de conscience personnelle disparaît. C’est la conscience supra-individuelle, appelée « Samadhi ».
                                                                                                      A. Desjardins

 

Schémas récapitulatif des Kosha
Annamaya Kosha (corps de nourriture) Sthûla Sharîra (corps physique)
Pranamaya Kosha (corps d’énergie) Sûkshmâ Sharira (corps subtil)
Manomaya kosha (corps mental –émotion)  
Vijnanamaya Kosha (Corps d’intelligence et d’amour)
Anandamaya Kosha (corps de béatitude)  Kârana Sharîra (corps causal)
Soi Purusha Atman Shiva : Principe individuel non incarné 

 

 
 
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